Depuis 60 ans, un doute systématique entoure les dangers des pesticides. Pour de nombreux travaux en sociologie des sciences, ce doute résulte de stratégies savamment orchestrées par les industriels du secteur. Mais qu'en est-il du rôle des pouvoirs publics comme des autres acteurs impliqués dans le contrôle des pesticides ? Cet ouvrage restitue les résultats d'un travail de recherche qui s'attache à comprendre pourquoi et comment une partie de la connaissance sur les dangers des pesticides reste dans l'ombre en dépit d'une évaluation scientifique officielle poussée. Fondée sur une enquête sociologique empirique (200 entretiens semi-directifs, analyse d'archives, etc.), l'étude montre que les normes, les réglementations et les méthodes scientifiques qui encadrent l’évaluation des risques fournissent à ces acteurs des arguments leur permettant d'écarter les alertes ou les conclusions scientifiques qui remettent trop directement en cause les grands principes de l’évaluation des dangers liés à l'usage des pesticides. Le dispositif officiel de gestion des risques et les acteurs qui l'entourent développent ainsi une forme très particulière de déni dit organisé qui entretient, souvent malgré eux, l’ignorance à long terme. L’ignorance n’est donc pas que « ce que l’on ne sait pas encore », comme le soutient une vision scientiste, ni même toujours ce que « l’on cherche à dissimuler ». C’est, plus fondamentalement, ce que l’« on ne veut pas savoir ».
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