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Présentation de Jean-Vincent HOLEINDRE par Bernard Pernuit

Au VIIIe siècle avant J.C., Homère expose de manière frappante la dualité qui fonde la stratégie. Dans l'Iliade et l'Odyssée, le poète grec met en scène la guerre à travers deux personnages phares. Achille, héros de la force, est un guerrier : son honneur est au-dessus de tout. Ulysse, héros de la ruse, est un stratège : seule la victoire compte.
Cette combinaison de la force et de la ruse semble structurer dès l'origine l'histoire de la stratégie en occident. Pourtant, la force a davantage attiré l'attention des historiens.
Ne convient-il pas d’en finir avec cette lecture afin de comprendre ce que la stratégie, dans le monde occidental, doit à la ruse, en identifiant les moments clés de son histoire, de l'antiquité grec aux mouvements terroristes du XXIe ? (MG)
Participation aux frais : 2€
LE MONDE | 17.05.2017 à 10h03 | Par Gaïdz Minassian

Achille ou Ulysse ? La puissance du militaire ou la ruse du stratège ? Telle est l’alternative que soulève Jean-Vincent Holeindre, directeur scientifique de l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire (IRSEM), dans son dernier ouvrage consacré à l’étude des guerres dans une France en conflit ouvert avec le terrorisme djihadiste.
Etude rigoureuse et sur le temps long – la recherche de l’auteur remonte à la Bible et à la mythologie grecque –, la démonstration de ce jeune professeur de sciences politiques à l’université de Poitiers s’inscrit dans les « war studies », très en vogue dans l’espace américain mais délaissées en France. Et donc, au-delà de cette légitime ambition de combler un retard scientifique, Jean-Vincent Holeindre ajoute l’originalité en prenant à contre-pied l’essentiel des travaux polémologiques.
Il part d’un constat : dans un monde de plus en plus en proie à des guerres infra-étatiques – et non entre les Etats –, très souvent le débat d’experts oublie de préciser que l’adaptation de nos capacités de défenses (forces spéciales, drones, cyberdéfense…) n’est pas seulement due à des circonstances particulières, à savoir se battre contre des réseaux transnationaux ou déterritorialisés qui, par défaut de puissance, ont recours à la ruse pour faire mal. Pour Jean-Vincent Holeindre, répondre à la ruse par la force est trop coûteux et inefficace, inadapté et dangereux pour la société. Mieux vaut donc répondre à la ruse par la ruse et utiliser les armes de « l’ennemi » pour définitivement le neutraliser.
Mais cela nécessite un double effort d’humilité et de réhabilitation des méthodes d’Ulysse dans la pensée stratégique. Humilité, car il faut arrêter de croire que la puissance militaire a réponse à tout et que le déploiement de gros moyens suffit pour écraser le terrorisme. Réhabilitation, car il serait temps que politiques, officiers et historiens tiennent compte dans leurs réflexions et travaux des atouts de la ruse du stratège pour faire la guerre et neutraliser l’ennemi. En remontant ainsi à l’Antiquité, l’auteur cherche justement à démontrer que la thématique de la ruse ne tombe pas du ciel et qu’elle jouit d’une vraie profondeur historique qui ne mérite pas les postures arrogantes qui prévalent chez les gouvernants. Le chapitre sur « Le terrorisme et la stratégie du poulpe » est à cet effet très éclairant, notamment sur les ressources non utilisées et la marge de manœuvre qui reste à la disposition des forces armées dans leurs opérations tactiques.
La démonstration de Jean-Vincent Holeindre est certes nécessaire, convaincante et agréable pour les partisans d’Ulysse, mais restera cependant insuffisante aux yeux de la plupart des spécialistes des questions de défense qui privilégient toujours la thématique de la « grande guerre » au détriment de la « petite guerre ». Et pourtant, c’est bien grâce à la ruse d’Ulysse que Troie est tombée, et non à la force d’Achille…
Jean-Vincent Holeindre
ISBN : 2262037353 Éditeur: Perrin (23/02/2017)

Résumé :
Au VIIIe siècle avant J.C., Homère expose de manière frappante la dualité qui fonde la stratégie.
Dans l'Iliade et l'Odyssée, le poète grec met en scène la guerre à travers deux personnages phares. Achille, héros de la force, est un guerrier : son honneur est au-dessus de tout. Ulysse, héros de la ruse, est un stratège : seule la victoire compte.
Cette combinaison de la force et de la ruse semble structurer dès l'origine l'histoire de la stratégie en occident. Pourtant, la force a davantage attiré l'attention des historiens. Dans l'ouvrage de Victor Davis Hanson, Le Modèle occidental de la guerre, la ruse n'apparaît jamais comme un élément majeur de la stratégie. Au contraire, elle fait figure de repoussoir. Cet "orientalisme" militaire et stratégique n'est évidemment pas recevable, tout simplement parce qu'il ne reflète pas la réalité historique et se fait l'écho d'un discours idéologique.
Il s'agit donc d'en finir avec cette lecture afin de comprendre ce que la stratégie, dans le monde occidental, doit à la ruse, en identifiant les moments clés de son histoire, de l'antiquité grec aux mouvements terroristes du XXIe. Se déploie ainsi une histoire longue de la stratégie qui met en scène, pour la première fois et de manière systématique, le dialogue ininterrompu de la ruse et de la force.
Et rappelons nous cette légende....
Dans la mythologie grecque, l'épisode du cheval de Troie est un événement décisif de la guerre de Troie.
À l'initiative d'Ulysse, des guerriers grecs réussissent à pénétrer dans Troie, assiégée en vain depuis dix ans, en se cachant dans un grand cheval de bois, harnaché d'or, offert aux Troyens. Cette ruse de guerre entraîne la chute de la ville et permet le dénouement de la guerre.

En savoir plus...
Le cheval de Troie, Homère et Virgile
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